Comment Développer Chez Un Enfant L’attachement A La Vérité ?

mensonge-enfantCet article a été écrit par Haja Andriatahina,il nous partage des conseils pour faire face aux mensonges de nos enfants

Le savez-vous quand votre enfant vous ment ?

Selon des études effectuées à l’Université de Waterloo, un enfant de six ans ment, en moyenne, toutes les heures. Et ce nombre augmente.[1]

Oui, vous avez bien calculé. Cela fait huit mensonges par jour.

Votre enfant vous ment plusieurs fois dans la journée sans que vous le sachiez.

D’autres études montrent des résultats plus inquiétants :

 

Mon père grogna un matin : « Qui a pris ma pique-barbe ? Elle n’est  pas à sa place. Je veux le voir ici à sa place ce soir, sinon… Maintenant je n’ai pas le temps de discuter, je pars. »

Traînant une ceinture (une de ces ceintures pour les tenues de combat de l’armée), il nous rassemblait le soir.

Après avoir posé son regard perçant sur chacun de nous, il gronda :

  • Qui a pris ma pique-barbe ?

Tout tremblant de peur, nous baissions tous la tête.

  • C’est toi ! hurla-t-il à notre ainé.
  • Non, pas moi !
  • Mais qui ?
  • Je n’ai aucune idée !

Après avoir intimidé chacun de nous, les seules réponses qu’il pouvait avoir étaient évidemment : non, pas moi et je ne sais pas.

L’un de nous, au moins, devait mentir. Mais il ne pouvait pas savoir qui malgré ses longues expériences de gendarme. En  tout cas, qui à notre place voudrait dire  « oui, c’est moi » devant une telle bravade ?

La vérité était que mon petit frère l’avait utilisée pour bricoler une montre électronique. La pique-barbe qui datait d’au moins vingt ans était cassé. Il cachait cette vérité pendant trois jours.

Pourquoi un enfant ment-il ?

Selon Dr Victoria Talwar de McGill Université Montréal, le mensonge est lié à l’intelligence.

Sauver sa peau est un des premiers reflexe de chaque être vivant. Et pour un enfant, mentir peut bien être un bon moyen d’y arriver.

De manière générale, un enfant ment:

  • Pour l’estime des autres : se vanter, exagérer et inventer des histoires qui font plaisir à ses pairs et les rendre fiers de lui. J’ai épaté mes amis et mes parents ! Voilà le but. Il me trouve génial car je sais ou suis capable de faire plus de choses qu’eux. Pour attirer l’attention de ses parents, un enfant peut aussi mentir. Il peut se trouver quelque fois mal aimé, ou se sentir ignoré.

 

  • Pour échapper aux souffrances causées par les conséquences de ses actes, la punition des adultes ou le  rejet de ses amis. Il peut cacher la vérité ou accuser quelqu’un autre.
  • Pour des petites envies: il peut très bien gagner de l’argent, des jouets, des gadgets en trompant la confiance de ses proches..

Est-il possible d’arrêter les mensonges d’un enfant ?

Personnellement, je n’y crois pas. Mais on peut très bien lui apprendre à honorer la sincérité, l’honnêteté et l’intégrité – bien qu’il grandit dans un monde où le mensonge sous toutes ses formes est devenu une façon de survivre.

Pour cela il doit reconnaître que mentir ne doit pas faire partie de son arsenal.

  • Placez-le dans une position où il baisse sa garde

La neurologie a découvert que lorsqu’une personne est dans une position défensive, elle ne peut pas apprendre.

Quand est-ce que votre enfant est dans une position défensive ? Lorsqu’il se sent condamné.

Voici les étapes à suivre :

  • Prenez le temps d’engager une discussion avec lui : après le diner ou le déjeuner ou après qu’il ait fini ses devoirs. Pendant ces moments, il est plus détendu, donc plus réceptif.
  • Détendez-vous, il s’agit du salut de votre enfant. Gardez votre sans froid. C’est votre première victoire.
  • Répétez les propos ou les faits exactement comme cela s’est produit et demandez sa confirmation.

Voici un exemple :

  • Tu nous as dit que tu n’as pas cassé l’assiette, c’est bien ça ? 
  • Oui
  • Mais la vérité est c’est toi le responsable, nous avons un témoin oculaire.
  • Tu as menti, n’est-ce pas ?
  • Et si nous avions puni ta petite sœur à ta place, tu voudrais ça toi ?

 

  • Montrez-lui votre compassion et compréhension.

Ne dites-pas seulement « Je te comprends très bien. » Il peut ne pas vous croire. La meilleure façon est de raconter une de vos expériences d’enfance. Que mentir vous est déjà arrivé.

Voici un exemple :

« Tu sais quand j’étais petit, quand j’avais à peu près ton âge, j’avais volé l’argent que ma mère oubliait sur la table. Ma mère savait bien que c’était moi mais je lui avais menti. Mais au bout de deux jours, je n’en pouvais plus. Je l’avais avoué à ma mère. Je pense que c’était l’un des jours les plus joyeux de sa vie. Elle me dit : tu es un brave garçon, je suis fière de toi. On m’a volé cents francs mais j’ai retrouvé un fils qui vaut mille fois plus »

 

  • Discutez pour l’amener à réaliser la véritable raison qui l’a poussé à mentir.

 

S’il dit qu’il a menti car il avait peur d’être puni, alors dites-lui qu’il a menti car il ne savait pas  quelle est la meilleure façon de résoudre le problème (en parler à ses parents, reconnaître ses fautes et s’excuser) ainsi que ses avantages (renforcement de la confiance et joie des parents d’avoir un enfant courageux)

  • Expliquer la valeur de la vérité :

Dr Po Bronson, dans son Bestseller intitulé « NURTURE SHOCK » rapporte une expérience menée par une équipe de chercheurs.

Le « peeking game » du Dr Victoria Talwar :

L’équipe du Dr Talwar fit passer des enfants dans une pièce équipée de caméras cachées.

Un des enfants qui subissent le test est Nick. C’est Arruda, une étudiante de Dr Talwar qui s’en charge.

  • Nous allons jouer aux devinettes » dit Arruda à Nick. « Tu vas te tourner vers le mur pendant que je sors un jouet qui va faire un bruit, ajouta-t-elle. Si tu gagnes trois fois de suite, tu obtiens un prix. Voici le premier jouet: ouing ! ouing ! ouing !
  • C’est une voiture de police !… Qu’est-ce que c’est facile ! » Se vante Nick.

Le deuxième jouet émet le pleure d’un bébé. Nick essaie plusieurs fois avant de tomber sur

  • Une poupée ! Est-ce que ça devient de plus en plus facile au fur et à mesure ? Demande Nick.
  • Eh non ! Dit Arruda sachant bien que c’est le cas.

Nick se tourne à nouveau vers le mur attendant le dernier jouet. Arruda sort un doux ballon de foot  plein et le place sur un carte qui jouet de la musique. Elle plie la carte pour qu’elle joue un couplet de «Fur Elise » de Beethoven.

Nick est consterné. Mais avant de lui donner la chance de nommer l’objet, Arruda lui dit qu’elle a oublié quelque chose et doit sortir de la salle un instant mais va revenir tout de suite.

Avant de quitter la pièce, elle moralise Nick de ne pas jeter un coup d’œil au jouet pendant son absence.

Nick tient bon pendant 5 secondes. Puis il se tourne…. pense à la recommandation d’Arruda et ramène son regard vers le mur avant d’apercevoir quelque chose.

Il tient le coup pendant 8 autres secondes mais la tentation est énorme. A la treizième seconde, il craque, il regarde le ballon pendant une fraction de seconde avant de reprendre sa position initiale.

Quand Arruda revient, elle fait exprès d’entrer par la porte devant Nick regardant vers le mur comme si rien n’était – et brûlant d’envie de dire que c’est un ballon de foot. Mais Arruda lui demande d’attendre jusqu’à ce qu’elle soit assise.

Faisant semblant d’hésiter un peu, pour faire croire qu’il devine, Nick dit « un ballon de soccer ! »

Arruda lui demande s’il n’avait pas jeter un regard pendant son absence.

« Non » Répond-il rapidement et de façon inexpressive. Puis un grand sourire envahit son visage.

Sans le mettre à l’épreuve et sans ne lui montrer aucune suspicion, Arruda lui demande comment il pouvait deviner que le bruit venait d’un ballon de foot.

Avec un visage complètement décontracté, Nick répond : « La musique sonnait comme un ballon ! »  Puis chassant une meilleure réponse mais sans en trouver une, il ajoute « La balle sonnait noir et blanc ! » Son visage ne montre aucun indice que ses réponses n’ont pas de sens.

Ce test ne sert pas seulement à savoir si un enfant ment ou pas, mais surtout à réaliser jusqu’où il peut aller avec ses mensonges.

Depuis, des milliers d’enfants âgés de 4 à 11 ans sont passés par le « peeking game. » Les résultats sont aussi embarrassant qu’étonnant : 80%  de ceux qui sont âgés de 4 ans mentent.

La deuxième expérience consiste à trouver comment réduire le mensonge des enfants.

Une des méthodes utilisées est de raconter aux enfants, avant de passer le test – soit l’histoire du « garçon qui crie aux loups ! » et qui fut dévoré avec ses moutons faute de secours à cause de ses précédents mensonges – soit l’histoire de George Washington et les cerisiers dans laquelle le jeune George confessa à son père d’avoir abattu les cerisiers avec sa nouvelle hachette. L’histoire se termine avec son père disant : « George, je suis content que tu ais coupé ce cerisier après tout, t’entendre dire la vérité vaut mieux pour moi que mille cerisiers. »

Laquelle de ces deux histoires pensez-vous mieux encourager les enfants à dire la vérité ?

75% des personnes à qui on a posé cette question pensent que c’est l’histoire du garçon qui crie loups. Mais le fait est que les enfants ont menti encore plus après avoir entendu cette fameuse fable.

Par contre l’histoire du jeune George, a réduit les mensonges de 75% chez les garçons et de 50% chez les filles.

 

Dire la vérité est parfois difficile mais nous devons montrer à nos enfants combien nous honorons cette vertu.

  • Ne dites pas que vous aimez la vérité, aimez la vérité.

Dr Paul Ekman, chercheur à l’ UC San Francisco a découvert que les enfants sont plus choqués par le mensonge et les menteurs que les adultes. Ils sont beaucoup plus convaincus que les menteurs sont des mauvaises personnes et que le mensonge est moralement mauvais.

Votre enfant peut nier ce que  vous dites mais il admettra et imitera ce que vous faites, ce que vous êtes.

 

  • Evitez de le forcer à dire la vérité coûte que coûte.

Ça passe dans une salle de séquestration. Les détenus avouent pour arrêter les souffrances. De cette façon, mentir sera pour lui mauvais  seulement car il peut en être puni.

Conclusion

Le mensonge d’un enfant ne doit pas être pris comme un drame. Les parents doivent toujours chercher les causes et aider l’enfant à comprendre  sa réaction.  Le mensonge fait partie du développement de l’enfant mais au cas où il persisterait,  une intervention est nécessaire.

Et vous quelles sont vos touches magiques pour aider votre enfant à dire la vérité ?

PS : Si vous pensez que cet article pourrait aider un de vos amis, merci de bien vouloir le partager.

 

Sources :

1 : www.pbs.org/parent/expert-tip

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2 réponses à Comment Développer Chez Un Enfant L’attachement A La Vérité ?

  1. Haja Andriatahina dit :

    Merci pour cet article.
    C’est vraiment étonnant comme l’être humain utilise le mensonge comme un de ses moyens favoris de survie. Peut-on encore faire confiance en quelqu’un à 100%?
    Comme Benjamin Franklin dit: « Avec les choses de ce monde, ce n’est pas la foi qui vous sauve mais c’est le doute. »
    Comme lui, je préfère ajouter quelques doses de doute à tout ce que je peux entendre de la bouche d’une personne. Pas vous?

    • Mamy R. dit :

      Merci pour votre commentaire.
      Cela mérite une méditation, chacun a son propre point de vue et la place donnée aux mensonges n’est la même pour tous !

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